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CHETRIT Joseph L’histoire des Juifs au Maroc
L’histoire des Juifs au Maroc
Dr Joseph Chetrit

L’histoire des Juifs au Maroc évolue au rythme de celle de ce pays, lequel a connu de nombreux flux et reflux de population au cours des siècles : les Berbères et les Romains, les Vandales et les Byzantins, puis les Arabes. Une longue saga, parfois douloureuse. Mais concernant la communauté juive, d’autres éléments spécifiques ont également eu leur importance : la destruction du Second Temple qui a entrainé un éparpillement des Juifs de par le monde « civilisé » de l’époque, et bien plus tard, l’expulsion des Juifs d’Espagne, qui a profondément changé la structure du judaïsme européen et nord-africain.

Dans ce premier volet de notre dossier spécial, c’est l’histoire globale de la communauté juive du Maroc que nous voudrions retracer.

Nous allons nous pencher sur une première période d’une présence juive au Maroc, pour lesquelles les légendes sont plus nombreuses que les faits établis. Avec l’installation des Romains, les informations se précisent, et en un troisième temps, c’est l’histoire des Juifs sous les diverses dynasties musulmanes qui sera abordée

I. La première période de l’exil des Juifs au Maroc
On parle d’une présence juive au Maroc dès l’époque du Premier Temple. Nous tenterons d’éclaircir dans ce chapitre si cela est plausible.

A cette époque, ils auraient rencontré sur place une peuplade elle aussi venue d’ailleurs, les Berbères. L’origine précise des Berbères reste encore floue de nos jours, malgré de nombreuses recherches ; aucune réponse définitive n’a été apportée. Cette question intrigue beaucoup les Berbères d’aujourd’hui, à la recherche de leur identité. Il se peut que nos sources, en retraçant le parcours des Juifs du Maroc, puissent aussi contribuer à éclaircir cette « énigme ».

Quant aux relations entre les deux peuples, les historiens restent partagés sur le sujet ; il semble de même qu’une analyse toranique permette d’y voir plus clair.

Des Juifs en Afrique du Nord à l’époque du Premier Temple –Mythe ou réalité ?
S’il est incontestable que les Juifs soient arrivés en Afrique du Nord après la destruction du Second Temple (3828/68), quand Rome a dispersé les vaincus dans l’ensemble du pourtour méditerranéen, certains historiens prétendent que l’on trouve déjà trace de Juifs installés dans ces contrées avant même l’exil, dès la période du Premier Temple (entre 2928/-832 et 3338/-4221). Cela parait assez surprenant, lorsqu’on sait que les Juifs sont entrés en Terre sainte avec Yéhochoua‘ (2488/-1272), et qu’ils y ont a priori vécu jusqu’à la destruction du Premier Temple, en 3338/-422, date de l’exil. A la suite de cette catastrophe, les prophéties indiquent que c’est en Assyrie que les Juifs ont été exilés, et non point dans le pourtour du bassin méditerranéen.
Pourtant il est vrai qu’on trouve également d’autres traditions, selon lesquelles certains Juifs vivaient déjà en dehors d’Erets Israël à la période du Premier Temple tant au Yémen, qu’en Allemagne, en Tunisie et en Espagne2.

En vérité, le prophète ‘Ovadya (3183/-577 – 3199/-561), qui vécut du temps du roi d’Israël A’hav et sauva une partie des autres prophètes de la furie de ce roi et de son épouse Isabelle, fille du roi de Tsidon, parle déjà de l’exil des enfants d’Israël. Il écrit (verset 20) : « Et cet exil qui commence de cette légion d’enfants d’Israël, qui sont chez les Cananéens jusqu’à Tsarfath,(FRANCE) et l’exil de Jérusalem qui se trouve en Sefarad (ESPAGNE)». L’expression « qui commence » signifie-t-elle que le prophète parle de sa réalité contemporaine ? Certains commentaires abondent dans ce sens, ainsi que nous allons le constater.

La plupart des auteurs localisent « Tsarfath » en France, et « Sefarad » en “Ispania”, en Espagne (Yonathan ben ‘Ouziel).
Pour le Ibn ‘Ezra et le Radaq, le point de départ de cet exil se situe à la destruction du Second Temple, et la prophétie en question concernera une période bien plus tardive que celle de ‘Ovadya.

Rachi, en revanche, explique que la « légion des enfants d’Israël » sont « celle des dix tribus qui furent exilées au pays des Cananéens jusqu’à Tsarfath ». Il s’agirait donc là de l’exode des tribus perdues, qui se déroula avant même la destruction du premier Temple : cet exil a commencé 155 ans avant la fin de cette période, en 3205/-555. Il a débuté par une première phase, à savoir l’exil de la tribu de Naftali sous Sanhériv, en 3187/-573 ; il a continué en 3195/-565, avec le départ des tribus habitant du côté oriental du Jourdain, puis a été achevé en 3205/555 avec l’exil du reste des dix tribus par le roi d’Assyrie. En 3213/-547, Sanhériv, roi d’Assyrie, a également tenté d’exiler la tribu de Yéhouda, mais la prière du roi ‘Hizqiyahou a été agréée et un grand miracle a permis la destruction de l’armée assyrienne.

Notons que la Guémara (Sanhédrin 94a) offre un argument favorable à propos de l’exil des dix tribus : « Mar Zoutra a dit [que ces tribus ont été exilées] en Afrique ».
Le commentaire de Rachi du verset du prophète ‘Ovadya est moins clair au sujet de “l’exil de Jérusalem” : « Il s’agit de ceux des Judéens qui furent exilés en Espagne ». Cette seconde partie du commentaire du Maître de Troyes laisse place au doute : s’agit-il des Judéens exilés après la destruction du Premier Temple, donc postérieurement aux dix tribus ? Rappelons toutefois que les sources ne parlent que de l’exode des Judéens vers Babylone… Il pourrait aussi s’agir, comme c’est plus vraisemblable, des Judéens exilés suite à la victoire des Romains.

Pourtant le rav Yits’haq Abrabanel affirme que l’exil des « Judéens » est celui qui suivit la destruction du premier Temple : « L’expression “exil de Jérusalem qui se trouve en Sefarad” est très précise, car après la destruction du premier Temple, certains des Bné Yéhouda [NDLR : Et non point des exilés des dix tribus perdues] se sont en effet installés en Espagne emmenés par Pyrrhos3, roi d’Espagne. Il les a installés dans deux contrées : à Lucena, qui était une grande ville d’Andalousie dépendante du royaume de Castille, et dans la région de Tolède, comme j’en ai déjà fait mention à la fin du livre des Rois4 ».

Le prophète reproche à certains peuples, notamment ceux des villes de Tsour et de Sidon au Liban, d’avoir disséminé les enfants d’Israël parmi les Nations (Yoël 2,2 et 4 et ‘Amos 1,9-10). Une partie des enfants d’Israël, au moment de l’exil des tribus, a donc été déportée par les Phéniciens. Le circuit de leurs pérégrinations serait bien connu…

En conséquence, la présence de Juifs au Maroc à une date tellement ancienne pourrait s’expliquer comme cette des Juifs d’Espagne, à savoir l’arrivée de Juifs ayant fui de la tribu de Judée suite à la destruction du Premier Temple, et qui n’auraient pas été exilés en Assyrie. Autre possibilité : ce serait des Juifs issus des dix tribus perdues, qui se seraient installés en Afrique du Nord encore plus antérieurement. Cette seconde éventualité faciliterait le travail de ceux qui recherchent encore à ce jour les traces des tribus perdues, même si elle parait sujette à caution aux yeux de beaucoup… Si on la suit sans réserve, cette version signifierait que l’ensemble de ces dix tribus perdues se retrouveraient purement et simplement parmi les Juifs du Maroc ou d’Espagne…
Les preuves réellement tangibles de la présence juive dans ces pays datent plutôt de la période suivant la destruction du Second Temple5 ! On trouve notamment trace d’une personnalité de la stature de rabbi‘Aqiva, visitant les grandes communautés d’Afrique (Roch haChana 26a6).

Plusieurs de nos Sages sont nés à Carthage, donc en Tunisie : rav Yits’haq, rav ‘Hanan et rav A’ha7. Notons que ces Sages ont vécu après la destruction du Second Temple.

Le reste repose sur des traditions moins précises. Le rav Y. M. Tolédano en rapporte une voulant que les Juifs vivant du Sahara marocain s’y déjà soient installés du temps du roi Chélomo8, quand leurs ancêtres cherchaient de l’or dans ces parages fréquentés par les marchands phéniciens.

Une autre tradition veut que l’on ait trouvé dans un village du Maroc une stèle où était gravé : « Yoav, le dirigeant de l’armée, a poursuivi jusqu’à ici les Philistins »9. Cet endroit est nommé « ‘Hadjr Souliman » (pierre de Chélomo).

Quand Mar Zoutra, dans la Guémara citée plus haut, admet que les dix tribus se sont, au moins partiellement, retrouvées en Afrique – ce qui confirmerait l’avis du rav Abrabanel précité plus haut –, il ajoute que les Juifs ont médit d‘Erets Israël. Arrivés au Sous, ils ont déclaré que cet endroit était aussi valable que leur pays ; ils ont comparé Almin à Jérusalem (cf. Rachi), et ils ont dit qu’un lieu dénommé « Sous double » était deux fois mieux que leur pays d’origine10. Le rav Y. M. Tolédano affirme que cet endroit est situé à l’extrémité sud-ouest du Maroc, et est connu comme étant un site habité dans les temps anciens.
Les Juifs d’Ifrane (ou Oufrane), une ville du Sud du Maroc11, ont une tradition selon laquelle ils descendent de la tribu d’Efraïm, l’une des dix tribus exilées12. Ils seraient même parvenus à établir un royaume, dont le premier souverain s’appelait Avraham haEfrati. Ils auraient refusé d’obéir au prophète ‘Ezra leur demandant de revenir en Terre sainte pour construire le Second Temple et leur souveraineté se serait dissipée avec le temps. Le nom de famille Afriath proviendrait de ce nom de Efrati.

Si nous admettons que des Juifs soient déjà installés au Maroc en des temps si anciens, évoquons à présent le peuple qu’ils y ont trouvé, à savoir les Berbères, qui formaient alors l’un des principaux groupes de population de l’Afrique du Nord.

Rencontre avec les autochtones : les Berbères
En ces siècles-là13, les Berbères prennent pied en Afrique du Nord, de l’Egypte jusqu’aux îles Canaries, à l’ouest du Maroc, côté Atlantique, arrivant en Espagne, où ils seront désignés comme les Ibères. En Algérie, on les appellera les Kabyles. A leur âge d’or, ils occupent la quasi-totalité de l’Afrique du Nord, des îles de la Méditerranée occidentale et des côtes de l’Espagne, et leur capitale est Carthage.

De nos jours, les Berbères forment encore une partie importante de la population marocaine, et comptent plusieurs dizaines de millions de personnes à travers toute l’Afrique du Nord. Ils ont encore leur culture propre, leur musique spécifique, et combattent pour conserver leur identité. La tendance actuelle de leurs descendants à retrouver leurs racines berbères laisse entendre qu’elles ont fortement été perdues avec le temps et avec les pressions assimilatrices des gouvernements nationalistes arabes de la région.

D’où viennent les Berbères ? La question a fait l’objet de nombreuses recherches, sans qu’une réponse tranchée n’ait pu être apportée.

Le nom de « Berbères » qui leur est attribué ne permet pas d’identifier leur origine : il provient du grec « barbaroï », qui donne Barbares en latin, et Berbère en français, et signifie « gens dont on ne comprend pas la langue14 »…
On admet souvent que Les berberes n’étaient autres que des marins valeureux qui s’étaient déployés dans toute la Méditerranée pour y installer des comptoirs commerciaux. Leur capitale de l’époque, Carthage, fut détruite par les Romains en -149, avant d’être reconstruite par César et détruite à nouveau par les Vandales en 440. Elle retrouvera sa gloire grâce à Justinien, mais finira par tomber en désuétude. Son site archéologique se trouve à proximité de Tunis.

On raconte que des milliers de berberes se sont convertis au judaime au Maroc apres la période du Premier Temple.
Avant l’émigration massive vers Israël, l’Europe et l’Amérique du Nord, il existait de nombreux groupes juifs au Maroc. Si, dans les villes, ces communautés habitaient dans des quartiers “réservés” appelés mellahs, il existait également de nombreuses communautés qui vivaient au sein de tribus amazighes. Ces communautés parlaient amazigh et empruntaient aux groupes voisins (Berbères musulmans) des formes d’organisation sociale ainsi que certains rites.
Le dossier que nous mettons en ligne traite des différents problèmes inhérents à ces communautés qui constituent encore des études sur le judaïsme marocain.
La polémique sur leur origine (la Palestine, l’Espagne ou tout simplement des Amazighs judaïsés ?) est abordée, ainsi que les fonctions que le berbère remplit dans leur pratique langagière et les traits qui les distinguent des groupes juifs arabophones.
Les Juifs berbérophones des pays chleuh et tamazight avaient, avec leurs dialectes vivants et un folklore qui n’a rien à envier à celui de leurs voisins, une littérature orale traditionnelle et religieuse . Dans la vallée de l’Atlas, dans le Sous et aux confins sahariens (comme aussi, semble-t-il, dans certaines contrées algériennes et tunisiennes), ils constituaient naguère de petites communautés groupées dans des mellahs et établies là depuis des siècles sinon un ou deux millénaires. Aujourd’hui, on n’en trouve guère de trace, ou presque pas ; depuis l’indépendance du Maroc, ils ont immigré en bloc en Israël, dans la ville d’Ashquelon, et dans une ville au nord du pays.

Laissons de côté le problème de l’origine de ces communautés et l’hypothèse très controversée de la « judaïsation des Berbères » il nous importe de savoir que le berbère a été, jusqu’à ces dernières années, l’une des langues vernaculaires des communautés juives vivant dans la montagne marocaine et le Sud du pays. La plupart d’entre elles étaient bilingues (berbéro-arabophones) ; d’autres semblent avoir été exclusivement berbérophones, comme à Tifnut ; de cette dernière catégorie, nous connaissons quelques individus isolés, immigrés en Israël et repérés à Ashquelon
Sur la distribution géographique des communautés juives du Maroc, notamment dans l’Atlas et le Sud marocain, et sur les migrations internes de leurs populations,
sur les Juifs du Dadès et les autres communautés berbérophones, voir ibid.
Dans la vallée du Todgha (Tinghir), dans la région de Tiznit (Wijjan, Asaka), de Ouarzazate (Imini), à Ufran de l’Anti-Atlas, à Illigh et ailleurs
seulement le berbère était un parler juif de communication dans le milieu familial, social et économique et dans les contacts avec les autres groupes ethniques et confessionnels, mais il constituait aussi, à côté de l’hébreu, la langue de culture et de l’enseignement traditionnel qui l’utilisait pour l’explication et la traduction des textes sacrés comme le judéo-arabe ou le vieux castillan dans les communautés de langue arabe ou d’origine hispanique ; certaines prières, les bénédictions de la Torah entre autres, étaient dites uniquement en berbère, dont le rôle est attesté dans la liturgie pascale, ainsi que nous allons le voir.

Une documentation écrite et sonore sur le folklore et la vie intellectuelle de ces communautés berbérophones a été réunie : quelques textes bibliques dans leur version hébraïque et berbère, cantiques liturgiques et chants de fêtes qui marquent les grands moments de l’existence juive (circoncision, bar-mitsva, mariage, etc.) et notamment la Haggada de Pesah, la pièce la plus importante et la plus précieuse de notre collection et qui présente à nos yeux un intérêt capital pour la connaissance des traditions linguistiques et culturelles d’un monde trop peu exploré quand il en était encore temps, appartenant à une diaspora longtemps ignorée et désormais irrévocablement disparue.
Pendant plus de 1200 ans, Juifs et Musulmans ont cohabité au Maroc et ont coopéré à l’épanouissement de ses richesses physiques et culturelles et à l’élaboration de ses splendeurs artistiques. Ce site qui est consacré à l’illustration et à la diffusion de la culture juive au Maroc entend témoigner de cette coopération et de cette imbrication des hommes et des sensibilités et en montrer les différentes facettes et les différentes phases de son épanouissement pendant plus de mille ans sur la terre marocaine. Bien sûr, il ne saurait être question de retracer ici exhaustivement les aléas et les aventures de cette créativité et de cette expérience de vie communes, mais seulement d’en rappeler les conditions majeures et les grands courants qui ont permis le déploiement de ces richesses aussi bien matérielles que spirituelles. A travers cette rétrospective, ce sont aussi quelques aspects significatifs de la culture juive et de l’expérience juive au Maroc qui seront abordés, à partir notamment de l’expérience juive à Fès, qui était à maints égards exemplaire pour le devenir des autres communautés judéo-marocaines.
L’exemple de Fès
Dès sa fondation au début du IXème siècle par les Idrissides, c’est la communauté juive de Fès qui a représenté cette étroite imbrication sociale et culturelle entre Juifs et Musulmans et qui a été le théâtre premier des heurs et malheurs successifs qui ont marqué l’évolution de ces rapports jusqu’à nos jours. Au Xème et au XIème siècles, elle a servi de berceau à une grande école de grammaire et de poétique hébraïques ainsi qu’à une école talmudique notoire, celle de Rabbi Yishaq Alfassi (1013-1103), dont l’influence directe sur le développement de l’Âge d’Or judéo-espagnol n’est plus à démontrer. A cause de sa proximité aux sources du pouvoir, elle a dû être aussi le creuset premier où se sont développés les arts et les techniques de la bijouterie juive au Maroc, métier où ont brillé presque exclusivement les Juifs du monde arabo-musulman, pour des raisons concernant la revalorisation des métaux précieux après leur transformation en objets rares, ce qui posait un problème d’usure pour la loi islamique. Au XIIème siècle, elle a été la première aussi à avoir subi les effroyables dilemmes posés par le fondamentalisme des Almohades aux différentes communautés d’Afrique du Nord et d’Espagne, forcées de choisir entre la conversion à l’Islam ou la mort. La plus grande partie de la communauté avait choisi alors d’épouser l’Islam pour assurer sa survie tout en maintenant en cachette une pratique tenace du judaïsme, ce qui lui a permis de recouvrer sa foi ancestrale une fois abolie la dynastie almohade dans le troisième quart du XIIIème siècle et une fois assuré l’avènement des Mérinides. Ces derniers souverains, plus modérés et plus pragmatiques, se remirent à employer à leurs services des médecins et des courtisans juifs et prirent la protection des communautés juives, qui purent ainsi reprendre progressivement leur vie juive normale. Sous les Almohades, la communauté à moitié islamisée fut aussi la première à devoir porter dès le début du XIIIème siècle des vêtements et des signes distinctifs pour l’isoler des Musulmans de souche, ce qui engendra les traditions du costume juif marocain, où le noir devait figurer obligatoirement dans tous les vêtements supérieurs masculins.
En 1438, la communauté fut aussi la première à devoir se regrouper dans un quartier spécial situé près du palais royal, le Mellah, devenu peu après le nom emblématique de tous les autres quartiers qui ont été réservés depuis lors jusqu’au XIXème siècle à la population juive des grandes cités marocaines, en dehors de Tanger et de Mazagan. L’architecture spéciale et les problèmes d’assainissement et d’élargissement de ces quartiers tiennent beaucoup de ces origines coercitives, encore que la protection plus aisée des vies juives et des biens juifs fût souvent invoquée pour expliquer leur installation. Les noms de famille juifs que portent encore de nos jours de nombreuses familles musulmanes de Fès, appelées les Beldiyin [=les citadins de souche], témoignent aujourd’hui encore des fréquentes vagues de conversion qui ont endeuillé la communauté, notamment en 1468, lorsque des émeutes ensanglantèrent la communauté après l’assassinat du premier vizir juif, Haroun Bettach, du souverain Watasside et de ce dernier aussi. La communauté de Fès fut aussi celle qui, proportionnellement, intégra à la fin du XVIème siècle le plus de megorashim, venus trouver refuge au Maroc après leur expulsion d’Espagne (en 1492) et du Portugal (en 1497), ce qui lui permit de reprendre son rôle de guide et de leader pour l’ensemble des autres communautés juives marocaines jusqu’à la fin du XIXème siècle au moins. La communauté fut aussi à la pointe de la réceptivité aux nouveaux courants modernes de la vie juive après l’ouverture de l’école locale de l’Alliance Israélite Universelle à la fin du XIXème et après l’établissement du Protectorat français en 1912. A l’occasion de cet événement, le Mellah de Fès fut de nouveau saccagé et meurtri par des émeutiers en lutte contre les Français. Ils y laissèrent près de 50 morts et quelque 250 blessés ainsi qu’un grand nombre de maisons détruites. La communauté de Fès se remit assez vite de ce pogrome, nommé at-trittel, et la jeune génération épousa avec enthousiasme les voies ouvertes par l’éducation moderne, y compris les études supérieures en France. C’est ainsi qu’elle fut la première communauté, avec Tanger peut-être, à avoir envoyé des jeunes provenant des grandes familles de rabbins et de commerçants faire des études supérieures en France et à former les premiers avocats et les premiers médecins juifs du Maroc. La réussite à Fès de cette émancipation par la formation universitaire fut telle que l’on peut compter aujourd’hui sur le bout des doigts des figures rabbiniques de marque parmi les descendants des grands rabbins d’origine castillane, qui avaient présidé aux destinées religieuses et spirituelles du judaïsme marocain pendant plus de quatre siècles. La joie de vivre proverbiale des Juifs fassis et l’enrôlement précoce des enfants de l’élite communautaire dans les rouages de la modernité contribuèrent à sa transformation radicale au XXème siècle, encore que la grandemasse de la population juive conservât ses traditions ancestrales et préférât immigrer en Israël. Là aussi, en ce qui concerne aussi bien l’élite communautaire que les grandes masses masculines et féminines, elle représente, significativement mais précocement, le cheminement qu’ont connu les autres communautés urbaines du Maroc.
Les 4 cultures communautaires
L’arrivée des Juifs d’Espagne et leur installation dans un grand nombre de communautés urbaines ou portuaires, y compris au nord du Maroc, où ils formèrent des communautés judéo-hispanophones presque homogènes, ont généré une diversification et un enrichissement de l’expérience juive dans ce pays. Depuis le XVIème siècle, quatre types de cultures communautaires ont émergé qui ont perduré jusqu’à la dispersion des communautés dans le troisième quart du XXème siècle. La première catégorie est formée de communautés mixtes qui, à l’image de Fès, ont intégré en leur sein des groupes de megorashim, même si au début des frictions entre les anciens (les toshabim, les autochtones) et les nouveaux (les megorashim), comme à Fès ou à Marrakech, ont perturbé pour un certain temps l’équilibre communautaire. Au début, ces communautés étaient bilingues, les uns pratiquant leur judéo-arabe originel et les autres leur judéo-castillan, mais au bout d’un siècle les judéo-hispanophones épousèrent eux aussi le judéo-arabe, qu’ils avaient d’ailleurs contribué à transformer en y introduisant un grand nombre de termes judéo-espagnols. On peut compter au nombre de ces communautés mixtes Meknès, Sefrou, Rabat, Salé, Taza, Ouezzane.
Formant une deuxième catégorie, d’autres communautés, proches des rives espagnoles comme Tétouan, Tanger, Arsila, Chauen, Larache, El-Qasar-Kebir, ont conservé jusqu’au début du XXème siècle leur judéo-espagnol hybride, dénommé la Hakitia, comme langue familiale et communautaire ainsi que certaines coutumes et pratiques judéo-espagnoles dans les domaines de la poésie orale, de la cuisine et du costume de la femme particulièrement. Elles étaient formées en très grande partie de descendants de megorashim, que des petits groupes de Juifs de l’intérieur sont venus rejoindre par la suite, désignés d’ailleurs par le terme peu amène de forasteros [=étrangers].
Une troisième catégorie de communautés comprend des communautés unilingues, pratiquant le judéo-arabe exclusivement, formées surtout de groupes autochtones, parmi lesquels l’influence des megorashim ne s’est guère fait sentir. A la tête de celles-ci, on trouve Marrakech, malgré l’installation d’un petit groupe d’expulsés dans la communauté, qui a joué un rôle de leader pour les autres communautés urbaines et semi-urbaines du sud-ouest marocain, comme Azemmour, Mazagan, Safi, Agadir et Taroudannt, ou de sa région même, comme Demnat et Beni Mellal; les autres communautés semi-rurales et rurales du sud-est marocain, de la région du Tafilalet, de Tinghir et du Draa, sont elles aussi judéo-arabophones principalement et sont parmi les plus anciennes du Maroc.
Une quatrième catégorie de communautés, de nombreuses dizaines, ont pratiqué le judéo-berbère soit exclusivement soit en concurrence avec le judéo-arabe. Elles étaient toutes rurales et vivaient dans un environnement berbérophone des grandes chaînes de l’Atlas, le Haut-Atlas et l’Anti-Atlas surtout et des vallées qui les découpent. Des communautés judéo-berbérophones unilingues ont notamment parsemé les massifs d’Ait Bu Ulli et d’Ait Bu-Gammaz dans la région de Demnat et d’Ait Wawzgit dans l’Anti-Atlas (la région de Tifnout) et sont restées isolées jusqu’au début du XXème siècle.
Deux grandes communautés sont à considérer à part parce qu’elles sont de formation assez récente. Il s’agit de Mogador et de Casablanca, qui ont toutes les deux grossi leur population à partir de l’émigration interne d’autres communautés. Toutes les deux ont contribué à des époques différentes à la promotion du commerce international du Maroc et au développement économique du pays. L’une, Mogador, fut fondée par le Sultan Mohammed ben Abdallah en 1760 après y avoir construit un port. Il y a installé par la suite les représentants des grandes familles bourgeoises juives du pays pour y mener le commerce avec l’Europe. Les nouvelles possibilités économiques dirigèrent vers Mogador des milliers de Juifs en provenance des communautés du sud et du nord. Casablanca doit de même son essor à la volonté du Protectorat français de promouvoir une grande métropole économique au Maroc avec l’installation d’un port des plus importants de la Méditerranée. Les opportunités économiques y firent s’installer après la Première Guerre Mondiale des dizaines de milliers de Juifs en provenance de toutes les autres communautés, ce qui porta la population juive à près de 75 000 quelque trente après. Dans ces deux communautés hybrides, les disparités sociales se creusèrent profondément, mais le brassage des différents éléments d’origine communautaire différente y a promu aussi de nouvelles formes d’activités culturellesjuives, comme la musique juive sous la forme de chorales et de séances régulières de baqqashot ainsi que des activités théâtrales en judéo-arabe et en français notamment.
Diversité culturelle et unité identitaire
C’est cette diversité des expériences juives au Maroc et la variété de leurs différentes trajectoires historico-géographiques qui font toute la richesse et la multi-culturalité reconnue du judaïsme marocain. La culture matérielle des communautés comme leurs pratiques culturelles liturgiques et cérémonielles quotidiennes, ou particulières aux grandes fêtes et au shabbat, proviennent aussi bien des traditions fastueuses arabo-andalouses que de pratiques et de symboles berbères avec lesquels les premiers juifs qui se sont installés au Maroc, bien avant l’Islam, se sont familiarisés en premier. Cette riche mixité est bien sûr manifeste dans la bijouterie juive, mais elle sous-tend aussi certaines cérémonies du mariage juif, où un assez grand nombre de termes berbères ont été conservés alors qu’ils sont tombés en désuétude dans la société berbère environnante. Quand on parle de fastes pour certaines célébrations et certaines créations judéo-marocaines, quoi de plus fastueux en effet que ces riches mariages qui, jusqu’au XXème siècle, duraient deux et même trois semaines et comprenaient des festivités et des apparats de bijoux, de soieries et de velours, qui ont laissé coi bien des voyageurs et bien des diplomates européens qui y ont été invités? Ces fastes ont continué d’ailleurs à se déployer malgré les efforts répétés du leadership rabbinique et civil des grandes communautés pour réduire cet exhibitionnisme, jugé parfois dangereux, parce que susceptible de susciter l’envie des souverains ou des potentats locaux et de certains voisins musulmans. Quoi de plus fastueux encore que ces repas interminables de shabbat et des jours de fêtes, et non seulement à Pessah, comprenant force mets et force entremets arrosés de la sacro-sainte mahya (=l’eau-de-vie) jusqu’à l’intrusion des brandies et des whiskies au XIXème siècle dans les communautés portuaires? Quoi de plus fastueux aussi que ces offices de certains shabbats et de certaines fêtes, où les airs andalous des piyyutim spéciaux et les mélodies porteuses de certains textes liturgiques forçaient les fidèles à la patience et à la résignation parfois ludique?
Mais les fastes déployés dans une civilisation ne sont pas exclusivement d’ordre matériel et d’ordre visuel. Ils peuvent être aussi d’ordre spirituel et culturel. Dans les civilisations dominantes, ces fastes concernent avant tout l’espace public comme l’espace privé des nantis avec leurs bâtiments grandioses, leur architecture recherchée et leurs décors artistiques, et déterminent une part certaine de l’identité culturelle de leurs groupes sociaux. Dans les communautés judéo-marocaines, l’espace exigu des mellahs n’a guère permis de bâtir, à quelques exceptions près comme dans la Kasbah de Mogador, des maisons cossues ou des synagogues dignes de musées. Cet espace de promiscuité et de manque d’air n’a guère marqué l’identité judéo-marocaine, ceux qui pouvaient y échapper n’ayant pas raté cette occasion, comme cela s’est passé sous le Protectorat, qui a permis à ceux qui en avaient les moyens d’améliorer leur qualité de vie. Ce sont plutôt des sentiments d’aliénation par rapport à l’espace communautaire coercitif qui sont exprimés dans la littérature rabbinique.
C’est le temps avec son cycle idéologique global et son cycle annuel cérémoniel qui a plutôt façonné l’identité judéo-marocaine traditionnelle et ses rythmes de vie. Ici, c’est la double dichotomie établie et répétée dans des milliers de poèmes hébraïques entre le passé idyllique et le présent de l’exil et entre ce présent étouffant et le futur radieux de la Rédemption messianique qui permet de soutenir l’espoir et l’attente en exil. C’est là la substance significative des milliers de poèmes hébraïques dont les paroles ont habillé et maintenu dans la mémoire les nombreuses centaines de mélodies arabo-andalouses et autres qui ont formé la longue tradition des séquences poético-musicales des différentes communautés. Une autre dichotomie, plus physique encore et non seulement psychologique, séparait le temps faste et sacré du shabbat et des jours de fêtes ou des jours solennels du temps ordinaire des vacations commerciales et occupationnelles qui meublent le reste de la semaine. Bref, c’est cette nette séparation entre les affaires exclusives de l’âme des affaires concernant la vie physique et la survie qui a marqué plus que tout autre chose le conditionnement identitaire des Juifs du Maroc jusqu’à l’émancipation relative, dont certains cercles et certains groupes seulement ont su tirer profit sous le Protectorat. Les autorités françaises avaient pris en effet l’initiative d’abroger de facto le statut de dhimmi [=sujet toléré et protégé à certaines conditions par l'état musulman], qui était imparti aux Juifs (et aux Chrétiens) dans tout le monde arabo-musulman depuis les débuts de l’Islam. D’un autre côté, le Protectorat a réduit l’autonomie judiciaire dont bénéficiaent traditionnellement les communautés juives en rendant leurs membres justiciables des cours du Makhzen [=l'administration royale] pour les affaires autres que celles relevant du droit personnel, lesquelles sont restées du ressort des tribunaux rabbiniques. Auparavant, les Juifs qui préféraient faire appel à la justice musulmane étaient passibles d’excommunication dans leurs communautés.
En dehors de la gestion des affaires judiciaires de la communauté, le corps rabbinique constituait en fait l’élite constante et prépondérante dans la gestion de l’ensemble des affaires communautaires, y compris celles qui concernaient les rapports de la communauté avec le pouvoir central et local. Contrairement aux dynasties rabbiniques qui se sont établies dans les grandes communautés comme Fès, Meknes et Sefrou par exemple, souvent pour de longues durées, nous n’avons pas connaissance de pareilles dynasties dans le secteur des commerçants et des hommes d’affaires avant le début du XIXème siècle. C’est que la fortune au Maroc était bien aléatoire avant le début du XIXème siècle, à cause de la culture du pouvoir royal et du Makhzen, qui ne s’embarrassaient pas trop de mettre la main sur des fortunes familiales trop voyantes pour des raisons bien souvent arbitraires. Ces pratiques n’ont pas permis de générer un capital juif fixe dans les différentes communautés, qui eût pu donner naissance à une élite bourgeoise juive de longue durée et former une élite civile constante. La précarité de la fortune et du capital juifs ne s’est estompée qu’au XIXème siècle avec l’augmentation du nombre de marchands du Sultan, dont une grande partie étaient des marchands juifs, qui menaient leurs affaires grâce au capital qui leur était avancé par les finances royales. Le capital juif, qui a fait tourner une grande partie du commerce international du Maroc au XIXème siècle, était ainsi un capital externe, dépendant du bon vouloir du Souverain. L’élite rabbinique était aussi l’élite intellectuelle de la communauté, car c’est parmi ses membres que se retrouvaient les poètes, les exégètes, les scribes, les ministres officiants, les maîtres ès matières juives traditionnelles, etc..
Ce ne sont pas ces images internes et ces représentations propres que se sont renvoyées consciemment et inconsciemment les Juifs du Maroc qui ont intéressé les voyageurs, les diplomates, les peintres et les photographes qui se sont intéressés à eux au XIXème et au début du XXème siècle, avant que le Protectorat n’estompât le parfum d’exotisme qu’ils leur attribuaient à cause entre autre des entraves à la libre circulation qui frappait les Européens avant la présence politico-militaire des Français. Les peintres tout d’abord ont cherché à retrouver au Maroc un Orient magnifié et célébré par le romantisme occidental et devenu obsédant à la suite des expéditions napoléoniennes en Egypte et en Palestine et des voyages en Turquie. Les regards lascifs qu’un bon nombre de voyageurs européens ont lancés sur les femmes juives, malgré leur embonpoint parfois décrié, n’ont pas manqué de nourrir les yeux et les chevalets de la plupart des peintres qui ont pu pénétrer dans les maisons juives alors que les maisons musulmanes leur embonpoint parfois décrié, n’ont pas manqué de nourrir les yeux et les chevalets de la plupart des peintres qui ont pu pénétrer dans les maisons juives alors que les maisons musulmanes leur étaient interdites. Loin que leur regard fût porté sur des instantanés et des silhouettes fuyantes, comme il convient à des passagers d’un moment, c’est au contraire un regard de metteur en scène et de compositeur qui fixe des cérémonies et des physionomies juives marocaines qui les a fait connaître en Europe avec leur soi-disant l’exotisme de leurs cadres de vie.
Contrairement aux apparences et à notre compréhension actuelle du rôle de la photographie, le regard qu’ont jeté les premiers photographes sur le Maroc et sur les Juifs du Maroc n’a pas été plus spontané ni moins étudié que celui des peintres. Comme les peintres et beaucoup de voyageurs européens, ce sont en fait des visions intérieures de l’autre et intériorisées de par leur éducation “orientaliste” qu’ils sont venus retrouver au Maroc. Comme les peintres, eux aussi mettent en scène leurs tableaux et leurs personnages pour accorder leur vision externe à leur vision interne. C’est un Maroc inventé et une vie juive biaisée que nous montrent en fait les premiers photographes qui ont promené leurs appareils dans certaines régions du Maroc.
Un témoignage d’espérance
Ce sont ces regards lancés de l’intérieur et de l’extérieur, multiséculaires, multiculturels et multidimensionnels sur l’expérience juive au Maroc que ce site aimerait offrir à la méditation et à l’imagination des visiteurs et des lecteurs. Regards émerveillés mais souvent condescendants des Européens, regards introspectifs malgré tout optimistes des Juifs sur leur destinée, regards interrogateurs sur l’expérience judéo-musulmane de co-présence et de coopération malgré l’ambivalence fondatrice de ces rapports, regards créatifs des artistes et des artisans sur les matières qu’ils manipulent et leurs objets, regards furtifs ou attentifs des intéressés, tous ces regards s’entrecroisent ici en des moments où les rapports entre Juifs et Musulmans ne sont considérés hélas ! qu’à travers la violence aveugle et les tragédies humaines. L’art et la mémoire sont là pour témoigner d’autres temps et d’autres connivences créatrices portées sur la vie et sur ses attributs sacrés.
Les objets exposés ainsi que les textes et les documents proposés dans ce site reflètent d’abord les thèmes et les motifs communs dans la culture des deux populations: la bijouterie et ses finesses rares, le costume et ses aspects contraignants, la cuisine et ses saveurs permanentes, la vie quotidienne avec ses opportunités et ses embarras ordinaires. D’autres instruments et objets illustrent l’imbrication entre la création et l’inspiration dans les traditions juives et musulmanes. Lamusique, le chant et la poésie, qui ont été perpétués grâce notamment à leur transcription en caractères hébraïques dans des milliers de manuscrits, ont fait vivre et goûter bien des heures fastes à des connaisseurs et à des amateurs juifs et musulmans, unis par le plaisir et le divertissement. La grande diversité des types humains et des comportements culturels n’a d’égale que les contrastes frappants entre les villes portuaires et les grandes cités ouvertes sur le monde occidental et les villages antiques de l’Atlas, où la culture berbère servait de support aux valeurs et aux pratiques juives et musulmanes.
C’est cette aventure de la vie juive et de la culture juive qui a façonné une certaine partie de l’histoire du Maroc et du judaïsme que ce site s’emploiera à illustrer avec l’aide de chercheurs, de collectionneurs, d’artistes et d’écrivains, lesquels sont tous mus par le même engagement de témoignage et de partage des connaissances et des sensibilités.
Joseph (Yossi) Chetrit, Université de Haifa
Copyright © Jewish Moroccan Heritage, 2005

La présence juive au Maroc est très ancienne et fut nourrie par diverses vagues de réfugiés suite aux vicissitudes et persécutions dont ont été victimes les Juifs au cours de l’Histoire, mais aussi des conversions parmi les populations berbères autochtones. Cette communauté compte deux sous-ensembles ethnico-culturels : les toshavim “autochtones” et les megorashim “expulsés (d’Andalousie)” dont certains sont à l’origine des toshavim.

Si la communauté juive s’est trouvée forte de plusieurs centaines de milliers d’individus jusqu’au XXe siècle, elle s’y est réduite pour compter actuellement entre 3000 et 7000 membres, selon les sources. Les différentes communautés juives d’origine marocaine comptent désormais plus d’un million de membres à travers le monde.
Le plus ancien témoignage épigraphique remonte au IIe siècle av. J.-C., s’agissant essentiellement d’inscriptions funéraires en hébreu et en grec trouvées dans les ruines de la Volubilis romaine.Des villes, comme Salé (Chella) près de la Rabat actuelle et Larache (ancienne Lixus), deviennent des centres importants de négoce pour les Juifs du Maroc pratiquant le commerce de l’or et du sel. ((réfnec))

Au début de l’ère chrétienne, les Romains envahissent la région, sans que les tribus berbères, pour la plupart de confession juive, n’opposent une très grande résistance, et donnent au Maroc (et à une partie de l’Algérie occidentale actuelle) le nom de Maurétanie Tingitane (de Tingis, ancien nom de Tanger qui en était la capitale). Des traces archéologiques attestent d’une présence juive importante dans ces nouvelles provinces romaines.À partir de l’an 429, les Vandales du roi Geiséric commencent à envahir la Maurétanie, et vers 430, chassent les Romains de l’Africa romana. Les Vandales trouvent en les Juifs des alliés solides et ceux-ci connaissent une liberté de culte pendant un siècle.

En 533, le général Bélisaire, envoyé en Afrique par l’empereur byzantin Justinien pour chasser les Vandales, envahit la région et y impose les lois de l’Empire byzantin. Les Juifs vont alors connaître une période très sombre, entre brimades et conversions forcées, culte restreint et persécutions. Néanmoins, cela n’empêchera pas la migration vers cette région des Juifs de la péninsule ibérique fuyant la répression exercée par les rois wisigoths d’Espagne (devenus catholiques) dès le début du VIIe siècle (avec le roi Sisebut).
Au VIIe siècle, les Arabes avaient tenté au Maghreb extrême plusieurs expéditions sans lendemain. Mais c’est au début du VIIIe siècle que le gouverneur d’Ifrikya (correspondant à la Tunisie et à l’est algérien actuels), Moussa Ibn Noçaïr occupa définitivement Tanger, poussa jusqu’à Sijilmasa (l’actuelle Rissani) et imposa l’Islam aux tribus berbères. Mais le mouvement kharidjite, fortement égalitariste et rejetant l’orthodoxie sunnite, va se répandre dans ces tribus et nourrir de nombreuses insurrections contre les émirs arabes de Kairouan, représentants du califat. Dans cette période agitée, des juifs habitent dans les capitales des royaumes kharidjites, notamment Tlemcen et Sijilmasa la fin du VIIIe siècle, un autre opposant au califat, Idris Ibn Abdallah, descendant de l’Imam Ali, est accueilli par la tribu des Awarba et fonde la ville de Fès, qui devient, par la suite, la capitale du royaume de ses successeurs, les Idrissides.
Dès le début du IXe siècle, des Juifs venus d’Andalousie s’installent à Fès où ils cohabitent avec des juifs autochtones, et paient l’impôt de capitation, la jizyah.
Avec l’avènement des Fatimides à Kairouan et leur domination de la Syrie jusqu’à Fès et Sijilmasa, au Maroc central, le Maghreb connait une période de prospérité favorable au commerce, qui rejaillit sur les communautés juives urbaines et favorisent leur développement. Mais, à ces périodes favorables succèdent des périodes de crises, de révoltes, de luttes entre tribus berbères et pouvoir central, ou de simples rivalités politiques qui émaillent l’histoire du Maghreb du IXe au XIe siècle. Les Juifs s’efforçaient de rester à l’écart de ces événements mais étaient souvent pris pour cible ou entrainés dans ces crises, notamment pour la communauté de Fès : déportation en 979, massacre de milliers de Juifs par un cheikh berbère qui saccage la ville en 1032.
Au milieu du XIe siècle, des berbères nomades sahariens, les Almoravides, lançent une croisade religieuse et militaire pour imposer une orthodoxie malékite rigoureuse. Sous la direction de leur chef Youssef Ibn Tachfin, ils conquièrent Sijilmasa, fondent la ville de Marrakech (vers 1060), prennent Fès, Tlemcen, Oran, Alger. En 1086, appelés à l’aide par les musulmans d’Espagne, ils écrasent l’armée d’Alphonse VI de Castille. Puis ils consolident leur empire qui s’étend de Valence au Sahara et de l’Atlantique à Alger.Les Juifs sont tolérés dans leur statut de dhimmi et paient l’impôt de capitation. Mais la rigueur religieuse des Almoravides n’a pas, semble-t-il, entraîné de persécutions religieuses et la diffusion de la civilisation arabo-andalouse dans le Maghreb occidental a contribué à la tolérance et à la symbiose entre les religions. Des courants d’échanges vers l’Espagne et notamment Cordoue se développent et contribuent à l’essor intellectuel des communautés. C’est l’époque du Rabbi Isaac-el-Fassi, qui quitte Fès pour Cordoue en 1088, des correspondances avec Rachi de Troyes. C’est bien un Age d’Or qui s’épanouit.

En 1140, la prise de Sijilmasa par les Almohades et les conquêtes qui suivirent, s’inscrivent comme une rupture tragique.
Au début du XIIe siècle. apparaît dans des tribus berbères, montagnardes et sédentaires installées dans l’Anti-Atlas marocain, un personnage charismatique qui va imposer une morale rigoureuse et puritaine ainsi qu’une théologie farouchement monothéiste privilégiant le retour aux sources primordiales de l’Islam. Utilisant la langue berbère pour diffuser ses idées et s’appuyant sur un cercle restreint de fidèles, celui qui devient le “Mahdi” Ibn Toumert va révolutionner durablement le rapport à la religion des Berbères. Après sa mort vers 1128, son plus proche fidèle, Abd al-Mumin prend le titre de Calife en référence au premier compagnon du Prophète Abou Bakr, cinq siècles auparavant.

Sous la direction d’Abd al-Mumin, les tribus Almohades vont, en une vingtaine d’années, renverser l’Empire Almoravide, étendre leur puissance sur le Maghreb entier et sur l’Espagne méridionale et imposer un Islam rigoureux, intolérant et extrémiste qui perdurera longtemps après leur chute au début du XIIIème siecle.
La doctrine du Mahdi ne pouvait que renforcer l’intolérance à l’égard des autres religions du Livre. Comme le note André Chouraqui, les Almohades soulignaient le fait que cinq cent ans après l’apparition de Mahomet, de toute évidence, le Messie d’Israël n’était pas encore venu et que, d’une manière non moins certaine, le Christ n’était pas revenu. Juifs et Chrétiens ne pouvaient plus longtemps persévérer dans leur erreur et n’avaient plus que le choix entre l’Islam et la mort. L’application de cette politique au fur et à mesure des conquêtes marocaines installa une terreur profonde et provoqua de nombreuses conversions forcées mais aussi des exécutions : un document mentionne l’exécution de 150 juifs à Sijilmasa, le chef de la communauté juive de Fès, rabbi Juda Hacohen ibn Shoushan est exécuté en 1165. Certaines familles juives parviennent pourtant à s’enfuir, notamment celle de Maïmonide.
Dans d’autres régions du Maghreb, les Juifs sont autorisés à s’exiler.
Après les grandes vagues de conquête, l’attitude des Almohades devient moins intransigeante. Des synagogues sont rouvertes, des familles converties reviennent à la pratique du judaïsme après deux ou trois générations. Au XIIIe siècle, un document de la Gueniza du Caire indique la présence de dix-sept communautés juives au Maroc. En 1232, on constate l’existence d’une communauté juive à Marrakech. Mais cette tolérance reste fragile : ainsi, le port d’un vêtement distinctif est imposé aux Juifs par le calife El Mansour, et lorsque des émeutes éclatent, les émeutiers s’en prennent souvent aux Juifs, comme à Fès en 1276, où quatorze Juifs sont massacrés.
La population marocaine juive était numériquement importante au milieu du XXe siècle. Elle ne souffrira pas de la Shoah car le Sultan Mohammed Ben Youssef, plus tard le Roi Mohammed V refuse (alors que le Maroc est sous protectorat français) que les lois antijuives du régime de Vichy soient appliquées à ses sujets juifs, mais il y a déjà des vagues d’émigration vers la Palestine dès la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Les Marocains juifs, même pendant la colonisation, sont restés des sujets de nationalité marocaine, comme les Tunisiens juifs, le décret Crémieux n’étant d’application qu’en Algérie alors française.

Il y avait également des Juifs tunisiens et algériens qui vivaient au Maroc sous le protectorat. Dans un ouvrage paru en 1980 une enseignante française issue d’une famille tunisienne juive qui a passé sa jeunesse à Casablanca relate que “mes parents avaient beaucoup de mépris pour les Juifs marocains. Ils représentaient pour eux l’obscurantisme, l’attachement à la religion.”, les Juifs tunisiens se considéraient comme une sorte d’aristocratie, “ils avaient été colonisés par les Français avant les autres et ils étaient plus francisés que les Marocains”. Certains d’entre eux, comme le banquier Félix Nataf, ont joué un rôle important au sein des « Amitiés marocaines » comme intermédiaires entre les nationalistes marocains musulmans et les autorités politiques françaises, au Maroc et à Paris, pendant le processus qui a abouti à l’indépendance du Maroc
Entre la création de l’État d’Israël en 1948 et l’indépendance du Maroc en 1956, 90% des Marocains juifs émigrent. Les plus pauvres partent en Israël, où ils constituent une part importante du prolétariat et de la population des “villes de développement”, tandis que l’élite et la classe moyenne émigrent au Canada et en France.

Les Marocains juifs sont des citoyens à part entière, électeurs et éligibles. L’État marocain leur a établi un espace juridique conforme aux préceptes du judaïsme. Sur le plan du statut personnel, ils sont régis par la loi mosaïque, ce qui signifie qu’ils sont justiciables des chambres rabbiniques près des tribunaux réguliers pour tout ce qui touche au mariage, à l’héritage et au droit des mineurs.
L’essentiel de la communauté juive marocaine se concentre à Casablanca et à Rabat. Essaouira (Mogador), une des villes du Maroc dont le nombre d’habitants de confession juive dépassait les 60%, n’en compte plus que très peu. Plusieurs villages du Haut et Moyen Atlas, qui comptaient une majorité de Juifs, ont vu leur population juive disparaitre après l’avènement de l’État d’Israël.
Depuis la fin des années 1970 deux types d’études génétiques ont été réalisées sur les juifs d’Afrique du Nord. Les plus anciennes concernent le chromosome Y (transmis des pères aux fils) et les plus récentes concernent l’ADN mitochondrial, c’est-à-dire l’ADN transmis des mères aux enfants.

En ce qui concerne les études sur le chromosome Y on peut citer l’article de M. F. Hammer et ses collègues
Ils ont comparé le patrimoine génétique de plusieurs types de population juives. La conclusion est que les gènes paternels des communautés juives d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen Orient descendent d’une origine commune du Moyen Orient et indique que la plupart des communautés sont restées relativement isolées de leur voisins non juifs pendant et après la diaspora.
Une autre étude est intéressante à citer bien qu’elle ne concerne que l’ile de Djerba en Tunisie. Elle conclue également que la patrimoine génétique paternel des juifs de Djerba est différents de celui des arabes et des berbères de cette Ile.

L’analyse de l’ADN mitochondrial des populations juives d’Afrique du Nord a fait l’objet d’une étude détaillée par Doron Behar et ses collègues
Elle montre que les Juifs d’afriques du Nord ne partagent pas les haplogroupes de l’ADNmt typiquement nord-africains (M1 et U6) des populations berbères et arabes.

Cependant, cette même étude précise que les communautés juives d’Afrique du Nord ne partagent pas non plus leurs haplogroupes principaux avec les communautés juives du Moyen-Orient contredisant de ce fait la thèse d’un peuplement venu du Moyen-Orient
Il est à noter que pour ce qui est des juifs de Tunisie/Libye cette même étude indique qu’ils proviendraient d’une région allant du moyen orient jusqu’au Caucase. L’ADNmt et le chromosome Y donnant à eux-deux l’ensemble des ascendances possibles il est clair que le débat est tranché, les juifs d’Afrique du nord ne sont pas descendant dans leur majorité de tribus berbères mais leur origine reste encore inconnue.
Depuis 1997, Casablanca abrite « le musée du judaïsme marocain ». Méconnu du grand public le musée est consacré à la composante juive de la culture marocaine. On peut y visiter des expositions itinéraires et autres permanentes. Sur plus de 600 m2 le visiteur peut admirer des caftans marocains ornés de l’Etoile de David, des costumes, des lampes de Hanoukka et divers objets du patrimoine culturel marocain. On peut aussi y découvrir des synagogues de style marocain. Par ailleurs le musée contient une bibliothèque, une vidéothèque et une photothèque.
Chaque année, les expatriés venus du monde entier se retrouvent autour de tombeaux de saints situés à Ouezzane, Safi, Essaouira ou Taroudant pour fêter la hiloula, version juive du moussem, qui rappelle les fastes du passé et commémore l’attachement à la terre des ancêtres.

À Montréal, leur arrivée a modifié les relations entre nationalistes québécois et Juifs, dans leur quasi-totalité anglophones (ou yiddishophones) et pro-fédéralistes, en créant une nouvelle (communauté culturelle) juive francophone rapidement dotée de structures communautaires spécifiques.

En Israël, dès les années 1950, il y a eu des émeutes parmi les Juifs marocains parqués dans les villes de développement. Dans les années 1970 furent même créées des Panthères noires (HaPanterim HaSHkhorim) sur le modèle afro-américain du Black Panther Party mais, dans le dernier quart du XXe siècle, leur poids politique s’est considérablement accru, devenant plus conforme à leur importance démographique, principalement via des partis ethniques comme Tami, Gesher et surtout Shass. Ils font partie de ceux qu’on qualifie en Israël d’Orientaux (Mizrahim) ou, erronément (puisqu’une partie seulement est originaire de la péninsule ibérique), de Séfarades.
Les Juifs berbérophones des pays chleuh et tamazight avaient, avec leurs dialectes vivants et un folklore qui n’a rien à envier à celui de leurs voisins musulmans, une littérature orale traditionnelle et religieuse dont il ne subsiste malheureusement que les quelques vestiges que l’auteur du présent article a recueillis à une date récente. Dans la vallée de l’Atlas, dans le Sous et aux confins sahariens (comme aussi, semble-t-il, dans certaines contrées algériennes et tunisiennes), ils constituaient naguère de petites communautés groupées dans des mellahs et établies là depuis des siècles sinon un ou deux millénaires. Aujourd’hui, on n’en trouve guère de trace ; depuis l’indépendance du Maroc, ils ont immigré en bloc en Israël.
…Le berbère a été, jusqu’à ces dernières années, l’une des langues vernaculaires des communautés juives vivant dans la montagne marocaine et le Sud du pays. La plupart d’entre elles étaient bilingues (berbéro-arabophones) ; d’autres semblent avoir été exclusivement berbérophones, comme à Tifnut ; de cette dernière catégorie, nous connaissons quelques individus isolés, immigrés en Israël et repérés à Ashkelon.
Dans la vallée du Todgha (Tinghir), dans la région de Tiznit (Wijjan, Asaka), de Ouarzazate (Imini), à Ufran de l’Anti-Atlas, à Illigh et ailleurs, non seulement le berbère était un parler juif de communication dans le milieu familial, social et économique et dans les contacts avec les autres groupes ethniques et confessionnels, mais il constituait aussi, à côté de l’hébreu, la langue de culture et de l’enseignement traditionnel qui l’utilisait pour l’explication et la traduction des textes sacrés comme le judéo-arabe ou le vieux castillan dans les communautés de langue arabe ou d’origine hispanique ; certaines prières, les bénédictions de la Torah entre autres, étaient dites uniquement en berbère, dont le rôle est attesté dans la liturgie pascale, ainsi que nous allons le voir. Une documentation écrite et sonore sur le folklore et la vie intellectuelle de ces communautés berbérophones a été réunie : quelques textes bibliques dans leur version hébraïque et berbère, cantiques liturgiques et chants de fêtes qui marquent les grands moments de l’existence juive (circoncision, bar-mitsva, mariage, etc.)
[b]Noms berberes juifs
Voici quelques noms berberes juifs. Ils se distinguent en general des noms d’origine arabe par l’utilisation de la racine ‘Ou’ au debut qui veut dire ‘fils de’ en berbere au lieu de ‘Ben’ dans les noms arabes:
- Ouhayoun: de la tribu des Beni-Hayoun dans l’Oued Draa. Veut aussi dire ‘fils du vivant’ en berbere de la racine ‘Haim’, vie en hebreu.
- Ouhanna: De Bou Henna, tribu des Ait Ou’Fella
- Ouaknine: fils de Jacob en berbere
- Assouline: des Ait tizgui N’ouasouline – tribu des Glaoua dans l’Atlas
- Afergan: d’Ifergan dans l’Oued Souss.
- Afflalou: d’Afella dans l’Oued Draa ou d’Ifli dans le Tafilalet
- Amozeg: le bon en berbere
- Amzalleg: bijoutier en berbere
- Azancot: d’Izenkad dans l’Oued Draa
[/b]
le tamazight est à la fois une des variantes de la langue berbère, celle “grosso modo” parlée dans le moyen atlas, et le nom générique donné à la langue berbère.

Amzight est lié à la racine “homme” qui est le mot avec lequel se désignent les Touarges, Imazighens, les hommes libres, comme d’autres berbère. Les Touareg parlent donc le tamazight, la langue des hommes, dans ses trois variantes, tamasheq, tamahaq et tamajaq.

Le “tamazight” en tant que dialecte berbère (qu’on appelle aussi zayania ou braber) est très éloigné du tamasheq.
Mais tous les berbères sont des Amazigh… et quand un berbère appelle un autre berbère, il lui dit “oh tamazight” ce qui veut dire “oh, toi, mon ‘pays’ (au sens toi qui est du même pays que moi)’, en employant en fait le mot féminin qui désigne la langue… “oh toi qui parle la même langue que moi” … et au Maroc, en tout cas, on utilise ça quelque que soi le dialecte du berbère en face de soi.
les français colonisateurs au Maroc ne comprenaient rien au berbère, ils disaient donc “c’est du chleuh” pour un langage incompréhensible. Les troupes coloniales, rappelées sur le front en 14-18 ont donné le même surnom aux allemands dont la langue leur rappelait un peu le chleuh du Maroc.
le berbère, comme la darija (le dialectal arabe marocain) ne s’écrit pas.

Une des particularités de l’arabe, c’est qu’un mot qui n’est pas de ‘arabe classique “ne s’écrit pas”… il se prononce, il se comprend, mais on ne “peut pas” l’écrire car il n’appartient pas au corpus (sacré) de la langue arabe…

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