La controverse de la conversion en Israel


AMSALEM Haim

Ancien Député à la Knesset, rabbin, auteur du livre « Les semences d’Israël »

Problème des conversions en Israël
Je voudrais d’abord préciser que mon propos et l’ouvrage que j’ai écris « Zerah Israel » (Les Semences d’Israël) concerne la situation du problème des conversions en Israël. Les autorités rabbiniques et les responsables communautaires d’autres pays sont libres de prendre s’ils le souhaitent, ce qui leur semble adaptable pour les communautés de la Diaspora. Il y’a en effet dans le domaine des conversions en Israël des particularités qui peuvent être différentes de celles des pays en dehors d’Israël. Un exemple tout à fait spécifique est celui du soldat Israélien considéré comme non-juif d’après la « halakha » (loi juive) prêt à se battre pour Israël, à risquer sa vie pour Israël et qui veut se convertir au judaïsme. La procédure de conversion « halakhique » est la même mais le contexte dans lequel elle survient est particulier. L’autorité rabbinique doit respecter les règles de la « halakha » mais doit aussi prendre en compte l’intérêt du peuple d’Israël.

Problème posé par l’immigration en Israël (Aliah) des Juifs de l’ex-URSS (Union des Républiques Soviétiques Socialistes).
On estime en 2007 à 985 000 le nombre d’émigrés de l’ex URSS. La majorité soit 685 000 sont juifs car de mère juive. Les 300 000 restants (30% environ) sont non-Juifs d’après la loi juive et se repartissent ainsi: 11,2% sont de père juif, 5,5% ont un grand-père juif, 8,7% sont des couples dans lequel un des partenaires n’est pas juif et 2,6% sont des enfants de couples ou l’un des partenaires n’est pas juif. Ceux qui disent que « la moitié des juifs de l’ex URSS ne sont pas juifs » non seulement énoncent une contre-vérité mais l’utilisent comme un moyen pour ne pas solutionner le problème. Certes au début de la vague d’immigration d’URSS, il y’avait des non-juifs qui sont arrivés en Israël pour pouvoir quitter la Russie mais ils ne représentent que moins de 1% de cette « aliah » (immigration). Sur les 300 000 immigrés considérés comme non-juifs combien voudraient se convertir aujourd’hui ? Pas beaucoup. En effet, ceux qui ont essayé ont rencontrés des difficultés et constaté que c’était une mission impossible et ont progressivement réalisé l’absence d’intérêt à se convertir car ils ont les mêmes droits et avantages que les autres citoyens Israéliens considérés comme juifs. En plus un événement qui a fait beaucoup de bruit en Israël a été la remise en question des conversions : 2000 conversions d’un certain Rav ont été annulées. Annuler une conversion n’est pas « halakhique » car d’un coup non-seulement la personne concernée n’est plus juive mais ses enfants ne sont plus juifs. Il a fallu rapidement revalider les conversions menacées d’annulation. Ce problème préoccupe le Gouvernement Israélien : voici 400 000 personnes non-juives qui parlent l’hébreu, qui de fait respectent le chabbat et les fêtes juives, mais qui ne sont pas considérés comme juives. En plus ils génèrent chaque année 4 à 5000 enfants aussi considérés comme non-juifs d’après la «halakha ». Aujourd’hui le chiffre réel est supérieur à 400 000 c’est dire l’importance et l’urgence du problème. Un jeune avec un nom juif comme Cohen ou comme Meltzer qui a été maltraité en Russie parce que juif, arrive en Israël où il se voit considéré comme non-juif. Et s’il veut se convertir il rencontre des difficultés car on lui demande de convaincre le Beth Din qu’il pratiquera du jour au lendemain les 613 mitsvots (commandements), ce qui est presque impossible. Par contre, l’engagement sincère de pratiquer ce qu’il a appris est tout à fait suffisant pour accepter la conversion avec l’espoir de le voir progresser dans sa pratique du judaïsme.

Une approche différente
Les difficultés qu’on fait à une femme non-juive qui veut se convertir au judaïsme pour épouser un juif n’est pas mon propos. L’argument de certains pour les justifier est de dire « si on convertit les femmes non-juives que fait on alors des filles juives qui veulent se marier ? ». Par contre l’enfant déjà nait d’un mariage mixte et qui veut devenir juif est victime d’une situation dans laquelle il n’a pas aucune responsabilité. Dans ses vaisseaux coule du « sang juif » et s’il désire se convertir une solution urgente doit être trouvée. Cette catégorie d’enfants nés de couples mixtes ou reliés au peuple juif par un père ou un grand-père juif que j’appelle « Zerah Israel », les semences d’Israël ne date pas d’aujourd’hui. Elle a existé depuis des siècles et les autorités rabbiniques décisionnaires ont établi des jurisprudences (« Poskims » en hébreu). On ne peut ignorer les autorités rabbiniques décisionnaires sépharades du Maroc, d’Algérie, de Tunisie, d’Espagne ou d’ailleurs qui ont bien sur rencontré ce problème et nous relatent la manière dont ils l’ont résolu. Appliquer ces solutions ce n’est pas changer la « halakha », ce n’est pas faciliter la conversion, c’est appliquer tout simplement la « halakha ». Un climat s’est installé après le départ de mon Maitre Rav Obadia Yossef, de son poste de Grand Rabbin d’Israël (« Richone Letzione »), période pendant laquelle on s’est mis à remettre en question les conversions de ceux ou celles qui ne respectaient pas l’ensemble des mitzvot (commandements) mais une partie seulement. L’annulation d’une conversion est contre la « halakha » comme nous l’avons déjà dit. Quatre ans de travail m’ont été nécessaires pour colliger les jurisprudences des autorités religieuses. Rambam (Maimonides) a ouvert une porte jusque là verrouillée. Il nous dit qu’ « il y’a des situations où pour sauvegarder le judaïsme il est obligé de frôler les limites des enseignements de la Torah ». Par exemple, la conversion au judaïsme d’une femme déjà mariée, pose un problème différent de celui d’une femme dont l’intention première est de se marier. Nous devons résoudre le problème des « zerah Israël » avant que le Gouvernement ne s’en saisisse et légalise le mariage civil. Ceci ne serait pas sans conséquence d’ailleurs pour les Juifs de la Diaspora.

Conclusion
En Israël, l’existence d’une population de 370 000 personnes issus de l’immigration de l’ex-URSS et considérée comme non-juive bien que liée par le sang au peuple juif, pose un problème urgent. Ce problème du «zerah Israel» peut être résolu si on applique les lois halakhiques des autorités religieuses décisionnaires car ce problème n’est pas nouveau. La solution de ce problème est cruciale pour Israël car on ne peut laisser cette population en complète mixité avec la population juive, en état d’errance. Les lois « halakhiques » permettant de le solutionner ont été rassemblées dans mon livre et ceux des autorités rabbiniques de la diaspora qui voudraient les consulter et s’en inspirer sont les bienvenus.
Résumée par Samuel Lévy

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